Canal de Bourgogne
L’ancienne maison de garde d’EguillyUn détail d’architecture…Les maisons de Pouilly-en-AuxoisBernard RoyOù est le puits ?Curiosités sur la maison 99 du versant YonneLes serliennes du canal de BourgogneLe site 108 du versant Yonne, à Saint-Florentin

Maisons

Les maisons du canal de Bourgogne

Le site d’écluse 69 du versant Saône à Longecourt-en-Plaine avec rive droite, la maison éclusière de type Forey et rive gauche, la maison de garde de type Foucherot.
© T. Kuntz, Service Patrimoine et inventaire, Région Bourgogne, 2011.

Un document de 18601 dénombre 215 maisons éclusières et de garde et neuf maisons de perception. Si les plus connues aujourd’hui restent les maisons des éclusiers, les maisons de garde et de perception n’en étaient pas moins importantes à l’époque. Les archives mentionnent aussi des habitations pour les ingénieurs du canal ou pour les contrôleurs.

La maison de garde sur le bief 24 du versant Yonne, à Marigny-le-Cahouët.
La maison de garde sur le bief 24 du versant Yonne, à Marigny-le-Cahouët.
La maison éclusière et de garde du site d’écluse 76 du versant Saône à Saint-Jean-de-Losne.
La maison éclusière et de garde du site d’écluse 76 du versant Saône à Saint-Jean-de-Losne.

Contrairement à celles d’autres canaux, les maisons du canal de Bourgogne ne présentent pas d’unité architecturale. Cette mosaïque s’explique par l’étalement de la construction sur plusieurs décennies et par une rupture forte : la Révolution. En effet, les projets de l’Ancien Régime ne sont pas forcément reconduits sous l’Empire. Par ailleurs, l’administration du canal étant entièrement refondue, une nouvelle hiérarchie d’ingénieurs s’impose et le financement est repensé. L’architecture seule ne permet cependant pas de bien les distinguer les unes des autres, seul un classement basé sur la morphologie est éclairant. Ainsi, moins de cinq types de maisons portent le nom de l’ingénieur qui en a fourni le plan.

Essai de chronologie

Répartition des types de maisons sur le canal de Bourgogne.
Répartition des types de maisons sur le canal de Bourgogne.

Une première vague de construction à la fin du 18e siècle

La construction des maisons éclusières s’effectue en même temps que les travaux sur les sites d’écluses. Les premières maisons de type Forey s’implantent entre Dijon et Saint-Jean-de-Losne, sur le versant Saône, dès les années 1780. Quelques-unes, des maisons de type Montfeu, sont également en chantier sur le versant Yonne, entre Migennes et Saint-Florentin, vers 1790.

De nouveaux modèles proposés et construits à partir de 1811

Lorsque les travaux reprennent, après 1811, le modèle Foucherot est largement utilisé sur le versant Saône, en particulier vers 1820. D’autres types sont mis au point sur le versant Yonne à la même période (modèles Poirée et Robillard), mais ils restent circonscrits à la partie entre Saint-Florentin et Tonnerre, n’approchant pas la diffusion du modèle Foucherot. En 1836, un deuxième rapport de l’ingénieur Bonnetat2 précise que 173 maisons éclusières sont construites, quelques-unes servant pour deux écluses à la fois.

Un devis général pour les travaux du canal de Bourgogne, rédigé par Bonnetat en 18263, établit une prescription des matériaux de construction à utiliser pour les maisons :

  • Moellon de parement et pierre de taille.
  • Briques pour four et souche de cheminée.
  • Tuiles plates.
  • Chêne pour charpente, râtelier et mangeoire d’écurie, portes extérieures et croisées. Sapin pour plancher et portes intérieures.
  • Portes, croisées et volets, main courantes des escaliers, peints à l’huile en couleur gris de perle ou vert foncé.

Des maisons supplémentaires pour de nouvelles fonctions après 1820

La plupart des maisons de garde sont bâties après l’ouverture du canal à la navigation. Ainsi, en 1841, les travaux de construction de six maisons « destinées au logement des gardes du canal de Bourgogne » sont adjugés à Joseph Moreau d’Ancy-le-Franc4.

Il en va de même des sept maisons de perception. Dans l’Yonne, par exemple, celles de Cheny à Migennes5, de Ravières et de Tonnerre sont construites dans les années 1820, d’après les plans de l’ingénieur Robillard6.

Peu de changements entre 1860 et aujourd’hui

La période contemporaine n’a que peu modifié l’état du 19e siècle. Les maisons sont pour la plupart toujours debout. Certaines ont été reconstruites, en respectant globalement le parti d’origine, à Tonnerre par exemple. Elles appartiennent toujours, en majorité, au domaine public du canal. Toutefois, au fil du temps et selon les besoins des occupants, ajouts ou modifications sont venus perturber le parti d’origine, que l’on devine masqué par les annexes et les enduits modernes.

Typologie

Les maisons éclusières et de garde

La maison de garde sur le bief 114-115 du versant Yonne, à Migennes.
Inventaire par type
  • 222 maisons dont :
    • 141 de type Foucherot
    • 41 de type Forey
    • 15 de type Poirée
    • 10 de type Robillard
    • 2 de type Montfeu
    • et 7 atypiques
Inventaire par fonction
Site de l’écluse 85 du versant Yonne, à Lézinnes.
Site de l’écluse 85 du versant Yonne, à Lézinnes.
  • 188 maisons éclusières
Maison de garde du site de l’écluse 75 du versant Yonne, à Ravières.
Maison de garde du site de l’écluse 75 du versant Yonne, à Ravières.
  • 26 maisons de garde recensées dont :
    • 20 de type Foucherot
    • 2 de type Poirée
    • et 1 de type Robillard
Maison éclusière qui a servi de maison de garde, sur le site d’écluse 104 du versant Yonne à Percey.
Maison éclusière qui a servi de maison de garde, sur le site d’écluse 104 du versant Yonne à Percey.
  • 8 sites d’écluse comprennent une maison de garde
    • 5 sont dans les ports
    • 6 le long d’un bief
    • 6 près des réservoirs
    • 1 sur une rigole

Si le modèle proposé par Jacques Foucherot domine nettement le linéaire, il n’est pas le plus connu. L’image traditionnelle attachée au canal reste celle de la maison Forey, modèle appliqué pour les premières réalisations sur la partie qui va de Saint-Jean-de-Losne à Dijon, en chantier dans les années 1780.

Les maisons de perception

Sur les sept maisons de perception recensées, quatre en Côte-d’Or sont bâties selon le même modèle, à Dijon, Pont-de-Pany (Sainte-Marie-sur-Ouche), Pont-Royal (Clamerey) et Montbard. Leur construction débute à partir de 1835 et elles sont achevées en 1838 avec un niveau supplémentaire par rapport au projet d’origine7.

« Appareil en pierre de taille des maisons de perception de Montbard et de Maison-Blanche ». Élévation de la façade et du pignon ; dallage ; soupirail ; éléments de l'escalier. Plan manuscrit, 1836. Archives départementales de la Côte-d’Or, SM 21 835, réutilisation soumise à conditions.

Maisons atypiques combinant plusieurs fonctions

Ancienne maison de garde qui a servi de maison éclusière sur le site d’écluse 104 du versant Yonne à Percey.
Ancienne maison de garde qui a servi de maison éclusière sur le site d’écluse 104 du versant Yonne à Percey.

Les maisons éclusières situées près des ports ou des points stratégiques du canal, d’un point de vue géographique, historique ou économique, combinent plusieurs fonctions (logement du garde et / ou de perception) et adoptent en conséquence un parti plus développé que celles construites pour les écluses du parcours.

Quelques exemples :
Maison éclusière du site 50 du versant Saône à Plombières-lès-Dijon.
Maison éclusière du site 50 du versant Saône à Plombières-lès-Dijon.
  • écluse 76 du versant Saône (la dernière écluse de ce versant au port de Saint-Jean-de-Losne) ;
  • écluse 55 du versant Saône (au port de Dijon) ;
  • écluse 114-115 (la dernière du versant Yonne au port de Migennes) ;
  • écluse 50 du versant Saône (port de Plombières-lès-Dijon) : maison de petit gabarit qui se rapproche de celles construites d’après Robillard dans l’Yonne.

A Pouilly se trouve encore à la sortie du tunnel, du côté du versant Yonne et sur la rive droite, un ensemble de logements construit autour de deux cours rectangulaires, avec des jardins attenants sur la droite. Il s’agit d’anciens bâtiments du canal, mentionnés dans les archives comme « maisons des gardes et du contrôleur des travaux ». Une partie était réservée aux logements des gardes tandis qu’une autre abritait les bureaux et logements des ingénieurs en charge des travaux et de l’entretien du canal.

Détail du garde-corps d’une maison des gardes à Pouilly-en-Auxois.
Détail du garde-corps d’une maison des gardes à Pouilly-en-Auxois.
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Retour au texte 1 LEGROS T.-L., Dépenses de construction et d’entretien et divers renseignements sur le produit, le trafic et l’alimentation du canal de Bourgogne, Ecole nationale des ponts et chaussées, fonds ancien : ms 460.
Retour au texte 2 Archives départementales de l’Yonne, 3 S 43.
Retour au texte 3 Ecole nationale des ponts et chaussées, fonds ancien, 4.5224-C305.
Retour au texte 4 Archives départementales de l’Yonne, 3 S 99.
Retour au texte 5 Construite à partir de 1824 d’après l’ingénieur Robillard, Archives départementales de l’Yonne, 3 S 91.
Retour au texte 6 Construites à partir de 1829 d’après l’ingénieur Robillard, Archives nationales, F14 7077 ; Archives départementales de l’Yonne, 3 S 99. La maison de Ravières est devenue une habitation particulière.
Retour au texte 7 Archives départementales de la Côte-d’Or, XIII S 1 a / 114, Ss 5631, SM art. 21835.
Retour au texte 8 Le plan est visé en 1812 par l’ingénieur Sutil, Archives départementales de l’Yonne, 3 S 87.
Retour au texte 9 MAURET-CRIBELLIER Valérie, Entre fleuves et rivières, les canaux du Centre de la France, Lyon : Lieux-Dits, 2008, p. 53.
Retour au texte 10 PERRONET Jean-Rodolphe, DUMOREY Thomas, « Devis de la construction […] depuis le fossé de la contre-garde du bastion de Guise de la ville de Dijon, jusqu’à la Saône près de Saint-Jean-de-Losne ». Section II. Des maisons d’éclusier, article 195, « A Paris, ce 20 décembre 1780, signé Perronet [et plus bas] Thomas Dumorey [Vu et approuvé par les Elus le 23 mai 1781] » Dijon : A.M. Defay, 1781, Archives municipales de Montbard.
Retour au texte 11 Archives nationales, F14 10089.3-4.10.
Retour au texte 12 Ecluse 71 du versant Yonne dans la section du canal ouverte à circulation en 1828 (de Montbard à la limite entre l’Yonne et la Côte-d’Or), écluses 61 et 62 du versant Yonne dans la section du canal ouverte à la circulation en 1832 (de Pont-de-Pany à Montbard et de Perrigny-sur-Armançon à Tonnerre).
Retour au texte 13 Modèle fourni pour l’écluse 106-107 du versant Yonne, Archives départementales de l’Yonne, 3 S 86.
Retour au texte 14 Archives départementales de l’Yonne, 3 S 26 et bibliothèque de l'Ecole nationale des ponts et chaussées, fonds ancien, fol. 1920.
Retour au texte 15 Archives départementales de la Côte-d'Or, C 4528.
Retour au texte 16 Devis rédigé en 1824 par l'ingénieur Poirée d'après son modèle approuvé en 1822. Archives départementales de l'Yonne, 3S 26.