Canal de Bourgogne
La maison PerronetLes plans de bornage du canal de Bourgogne

Histoire

4. Améliorations et aménagements : le canal comme lieu d’expérimentations techniques et de développement industriel (1835-1882)

Si le canal fonctionne, il n’est pas totalement achevé. Il se révèle difficile à parcourir, avec ses multiples écluses et son souterrain. De ce fait, il devient pour les ingénieurs un lieu d’expérimentations, véritable laboratoire technique, visant à rendre la circulation plus facile.

Améliorations

Panorama, pris au-dessus du village de Semarey, sur la vallée de Vandenesse-en-Auxois, où passe le canal de Bourgogne et où se trouve le réservoir de Panthier.
Panorama, pris au-dessus du village de Semarey, sur la vallée de Vandenesse-en-Auxois, où passe le canal de Bourgogne et où se trouve le réservoir de Panthier.

Quatre maisons éclusières sont construites sur le versant Saône en 184310, ainsi que les maisons de garde sur tout le linéaire. Mais l’essentiel est dans l’achèvement des cinq réservoirs du point de partage. A partir de 1835, l’alimentation en eau est notablement améliorée avec l’utilisation des réservoirs de Cercey, Panthier et Tillot. Les travaux sur le canal se poursuivent avec la construction de ceux de Grosbois et de Chazilly.

De constantes améliorations11 sont apportées au système hydraulique, notamment grâce à l’ingénieur Bazin12 : nouvelles prises d’eau, nouveaux déversoirs, agrandissement des réservoirs, etc.

Un manuscrit du conducteur des Ponts et Chaussées Legros établit un point précis sur le canal de Bourgogne en 186013. Il recense alors 15 ports principaux et 15 moins importants, 143 ponts dont 55 en bois, 82 aqueducs, 34 prises d’eau et 22 déchargeoirs, 224 maisons et 11 480 bornes diverses !

On reprend les points critiques de l’alimentation en eau : une centrale électrique est installée sur le bief de partage, une pompe à Saint-Jean-de-Losne14 en 1897.

La seconde moitié du 19e siècle voit la réalisation d’un gros chantier : la création du réservoir de Pont-et-Massène et, concomitamment, l’allongement des sas d’écluse, entre 1878 et 1882, à la suite de la loi dite Freycinet. Ces travaux sont effectués pendant quatre campagnes en interrompant le trafic seulement deux mois chaque été. Dans le même temps, les tranchées sont élargies15.

Entretien du linéaire

Une fois la construction terminée, l’entretien de la voie d’eau fait l’objet d’une surveillance constante, en particulier l’étanchéité de la cuvette.

Les archives témoignent de manière récurrente dans les années 1830-1840 de versement d’indemnités aux riverains pour des eaux qui s’infiltrent dans leurs terrains, avec pour conséquence une dépréciation desdits terrains, des récoltes16, etc. Plusieurs procédés d’étanchement sont proposés au fil des années : dès le début du 20e siècle, par exemple, les ingénieurs réfléchissent à l’utilisation du béton17.

Pour enlever les dépôts de vase dans les biefs, une décision ministérielle du 6 janvier 1852 impose la construction d’un bateau-dragueur. En 1853 un radeau-dragueur est alors proposé par Tarbé de Saint-Hardouin dans le département de l’Yonne18.

Les ingénieurs tentent d’améliorer le parcours en recoupant les courbes. En 1890, par exemple, 32 courbes sont ainsi supprimées sur la commune de Charigny, entre les écluses 13 et 31 du versant Yonne19.

Halage et touage : projets et réalisations

Des expérimentations ont lieu pour faciliter le passage délicat du tunnel de Pouilly et pour améliorer la traction des bateaux sur le chemin de halage.

Le décret du 28 avril 1866 autorise la création aux frais de l’Etat d’un service de touage à vapeur au niveau du bief de partage. Il commence à fonctionner le 5 février 186720. Après de nombreux accidents, dont un mortel, il est remplacé par le touage électrique en 189221.

Par ailleurs, un décret du 18 janvier 1873 concède à M. Larmanjat l’établissement de la ligne du canal de Bourgogne : une voie ferrée le long de la voie d’eau pour le halage des bateaux au moyen de machines à vapeur. Des tests sont effectués les 23 et 24 juillet 1873. En 1877, la Société de halage à vapeur demande l’autorisation de placer un rail directeur au-dessus du souterrain. Aujourd’hui, ne subsiste plus aucune trace de ce système de halage. Par contre, un des toueurs est présenté dans une ancienne cale sur le port de Pouilly-en-Auxois. La halle moderne qui le protège est une œuvre de Shigeru Ban.

Lieu de développement industriel

Cimenterie de Crugey, aujourd’hui disparue, sur le bief 18 du versant Saône. Carte postale. Collection particulière.
Cimenterie de Crugey, aujourd’hui disparue, sur le bief 18 du versant Saône. Carte postale. Collection particulière.

Traversant des zones propices, le canal induit le développement d’une importante industrie autour de la pierre : carrières, usines de taille, usine de chaux et de ciment. 

Intérêt stratégique

Voie de communication importante, le canal a pu, en situation de conflits, constituer un ouvrage stratégique. Ainsi, en novembre 1870, les écluses 93 et 112 du versant Yonne sont détruites sur ordre des autorités militaires françaises, pour empêcher les Prussiens d’utiliser cette partie. Les bajoyers et les vantaux des portes d’écluse sont reconstruits à partir de 187122. En juillet 1944, les portes de l’écluse 39 du versant Saône sont démolies par la Résistance afin de désorganiser la circulation des nombreuses péniches utilisées par les Allemands23.

Le canal au 20e siècle

Vue d'ensemble de l'environnement du site de l'écluse 111 du versant Yonne à Brienon-sur-Armançon. De droite à gauche : la maison éclusière, le canal, un silo, la voie ferrée.
Vue d'ensemble de l'environnement du site de l'écluse 111 du versant Yonne à Brienon-sur-Armançon. De droite à gauche : la maison éclusière, le canal, un silo, la voie ferrée.

Cette voie d’eau paraît de plus en plus difficile à parcourir à mesure que d’autres réseaux plus accessibles se développent (rail et route). Parallèlement, les industries liées à la pierre, les plus nombreuses sur le canal, ont tendance à péricliter.

Ceci explique sans doute le déclin de la voie industrielle au 20e siècle, déclin qui bloque toute modernisation.

Dans les années 1965-1966, il est même envisagé de combler le canal entre Plombières et Dijon pour ménager un accès plus direct à l’autoroute A 38 (reliant l’A6 à Paris), mais ce projet n’a pas été réalisé.

De nos jours, le canal de Bourgogne joue un rôle identitaire fort pour la région et bénéficie d’un afflux touristique, avec l’installation de pistes cyclables sur le chemin de halage.

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Retour au texte 1 Notice sur le canal de Bourgogne et le canal du Nivernais, extraite d’un ouvrage inédit sur l’amélioration de la navigation intérieure de la France, [Paris] : Huzard-Courcier, p. 20. Publiée avant 1821.
Retour au texte 2 Cf. canal du Midi : 241 km, 113 écluses.  
Retour au texte 3 PINON pierre, « La longue durée du canal de Bourgogne », in Un canal… des canaux… : Catalogue d’exposition, Paris, du 7 mars au 8 juin 1986. Paris, Caisse nationale des monuments et des sites : Picard, 1986, p. 289. PINON pierre, « Débats sur le seuil de partage du canal de Bourgogne (1718-1728) », in Un canal et des hommes, sous la direction de BLIGNY Jean-François et PAUTY Michel, Bulletin de la société des sciences historiques et naturelles de Semur-en-Auxois, t. CXIX-2011-2, p. 117.  
Retour au texte 4 Pour le détail des différents projets, cf. Archives départementales de la Côte-d’Or, C 4501, 4502 et 4503. Pour Perronet plus précisément : « Description des travaux projetés pour le canal de Bourgogne », par Perronet, manuscrit, t. 2, Ecole nationale des ponts et chaussées, fonds ancien, ms. 91.  
Retour au texte 5 Archives départementales de la Côte-d’Or, C 4505.
Retour au texte 6 HUERNE DE POMMEUSE Michel-Louis-François, Des canaux navigables considérés d’une manière générale, avec recherches comparatives sur la navigation intérieure de la France et celle de l’Angleterre, Paris, 1822, p. 391-393.
Retour au texte 7 Archives départementales de la Côte-d’Or, C 7551. Merci à Brigitte Fromaget d’avoir attiré notre attention sur cette pièce d’archive.
Retour au texte 8 « […] et Ubriot de Montfeu (ingénieur du canal de 1792 à 1807) », Pinon Pierre, « La longue durée du canal de Bourgogne », op. cit. p. 296.
Retour au texte 9 BAZIN Henri, « Notice sur l’allongement des écluses du canal de Bourgogne », Annales des Ponts et Chaussées, Paris : Carilian-Goeury, 1885, série 6, vol. 1, t. 9, p. 450-463.  
Retour au texte 10 Archives départementales de la Côte-d’Or, SM art. 21 835.
Retour au texte 11 Archives nationales, F14 13037.
Retour au texte 12 Archives nationales, F14 13037. Les études de Michel Pauty et de Jean-François Bligny sur le sujet (op. cit.) ont permis, entre autres, de préciser que des recherches sur l’hydraulique avaient été faites à l’écluse 56 du versant Saône.
Retour au texte 13 LEGROS T.L., « Canal de Bourgogne, dépenses de construction et d’entretien et divers renseignements sur le trafic et l’alimentation du canal de Bourgogne avec une notice historique », Ecole nationale des ponts et chaussées, fonds ancien, ms. 460, données complémentaires, p. 12-15.  
Retour au texte 14 GALLIOT François, « Installation électrique pour l’alimentation des trois derniers biefs du versant Saône du canal de Bourgogne », Ecole nationale des ponts et chaussées, Annales.
Retour au texte 15 Archives nationales, F14 12518 et BAZIN Henri, op. cit.
Retour au texte 16 Archives départementales de la Côte-d’Or, par exemple : XIII S 1a / 90, 91.  
Retour au texte 17 GALLIOT François, « Etanchement des biefs du canal de Bourgogne », Ecole nationale des ponts et chaussées, Annales.
Retour au texte 18 TARBÉ DE SAINT-HARDOUIN H., Canal de Bourgogne, note sur l’application du radeau-dragueur au curage des canaux de navigation, 1853, Ecole nationale des ponts et chaussées, fonds ancien, ms. 2368.
Retour au texte 19 Archives départementales de la Côte-d’Or, XIII S 1a / 103g.
Retour au texte 20 BAZIN Henri, « Note sur le service du toueur à vapeur du canal de Bourgogne », Annales des Ponts et Chaussées.
Retour au texte 21 GALLIOT François, Canal de Bourgogne, touage du souterrain de Pouilly, Transformation du système actuel. Etablissement d’un touage électrique, 1892, Ecole nationale des ponts et chaussées, fonds ancien, 4. 23675.
Retour au texte 22 Archives départementales de l’Yonne, 3 S 91.
Retour au texte 23 Collectif, Fleurey-sur-Ouche, Histoire et patrimoine, Fleurey-sur-Ouche : HIPAF, 2007.